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 [JdR] Le carnet de Kartouche

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kartouche le magnifique
Camelot
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Sam 5 Déc - 18:17

Petit procès béarnais

Valentine a écrit:
Le sire Kartouche est accusé d'avoir, la nuit du 27 au 28 novembre, pris le château, dans le but évident de piller les caisses du Comté, d'apporter nuisances au peuple Béarnais, d'ébranler les nobles institutions du Comté du Béarn, au mépris de la Reconnaissance Royale de notre Comtesse, Dame Azilize.

Ainsi, il a participé à l'engagement des bandes de bandits notoires, ainsi que des mercenaires afin de tenter une déstabilisation des institutions Béarnaises, en essayant de piller les mairies, d'attaquer les paisibles voyageurs et de tuer les honnêtes marchands. Etant contré par les forces comtales, ainsi que par les citoyens Béarnais réunis en compagnonnage de sécurité, il a oeuvré pour s'attaquer directement au Château.

Il a pour ce faire, commis le crime en bande organisée, tuant et égorgeant les serviteurs du château.

En outre, il s'est aussi rendu coupable d'avoir usurpé le titre de Capitaine de ce gouvernement félon, retirant les agréments de tous les conseillers légaux et tentant de les intimider.

Kartouche a écrit:
Votre Honneur, salutations !

Je nie avoir agi pour m'enrichir personnellement en me servant dans les caisses.
Je nie avoir jamais essayé de piller une mairie béarnaise en me révoltant contre un maire légitime.
Je nie avoir jamais attaqué un paisible voyageur.
Je nie avoir jamais tué qui que ce soit en Béarn, ni marchand, ni serviteur. Sur ces derniers qui ne font qu'obéir à quelque riche et puissant maître, je ne me permettrais jamais de lever la main. Alors en égorger, impossible.
Je nie avoir jamais commis de crime en bande organisée, ici ou ailleurs, plus tôt dans ma vie.

J'avoue par contre agir sur ordre de Genève pour me battre contre l'ennemi béarnais, en ce sens, on peut considérer des escarmouches militaires comme de la déstabilisation.
J'avoue avoir publié un désagrément -si vous me permettez l'expression- des armées béarnaises voulant ma peau, je nie par contre avoir tenté d'en intimider les capitaines. Notez cependant que "capitaine" n'est pas "conseiller légal".
J'avoue avoir participé, dans la nuit de vendredi à samedi, à une écrasante victoire, couronnant un mois de siège du château comtal béarnais.

La coutume exige que l'accusation présente des preuves lorsqu'elle allègue. Je demande donc que soient fournies des preuves à tous les éléments d'accusation. Ceci implique notamment de répondre aux questions suivantes.
Où est le but évident de piller le château ?
Quels sont les bandes de bandits notoires ?
Où sont les mairies attaquées ?
Comment s'appellent les paisibles voyageurs attaqués ?
Où sont les corps des marchands tués ?
Les têtes des serviteurs égorgés ?
Que font les conseillers légaux intimidés ?

Avant que ce procès de franchisse seuil menant à la bouffonnerie complète, j'invite l'accusation à présenter ces preuves. Je suis gentil, j'en ai fait une liste.

Je demande en outre la requalification de ce procès-farce et la révision de l'acte d'accusation. On m'accuse de «haute trahison», mais qu'ai-je donc trahi ? Comment, soldat de Genève, aurais-je pu trahir le Béarn, contre lequel ma bonne cité est en guerre ? La justice du Béarn se rend sur la coutume : la coutume qualifie-t-elle un «acte de guerre sur territoire ennemi, dans le cadre d'un conflit entre deux états souverains» de trahison ?

Votre Honneur, je vous remercie de m'avoir écouté.

L'accusation ne daigne pas présenter son réquisitoire.

Kartouche a écrit:
Votre Honneur, que puis-je ajouter, si l'accusation ne répond à aucune de mes questions ? Ceci me semble être un aveu évident de l'invalidité de cette procédure. Je demande donc la relaxe.
Parce que les trois quarts des accusations sont des inventions pour lesquelles il serait de toute manière bien difficile de trouver une preuve.
Parce que le quart restant sont des accusations trafiquées, ne tenant pas compte de l'état de guerre entre Genève et le Béarn ; j'ai déjà évoqué ce point dans ma première plaidoirie.
Parce que l'accusation n'a point répondu à mes questions et demandes de précisions, et qu'il s'agit donc d'un manquement grave au devoir coutumier qu'a la justice d'informer ceux qui sont accusés, afin de leur donner la possibilité de se défendre équitablement.
Parce que l'acte d'accusation fait état de «haute-trahison» à l'égarde du Béarn, alors que je n'ai jamais pris le moindre engagement à l'égard du Béarn, alors que je ne suis point vassal ou serf du comte béarnais ; il ne peut par définition y avoir de trahison là où il n'y a pas de serment. Je suis soldat de Genève, et si j'ai trahi quelqu'un, ce ne peut être que Genève, et c'est à Genève de me juger.
Parce que, en résumé, ce procès est vicié depuis le début et il n'y a pas un point de l'accusation qui tienne la route.

Deos vous ait en sa sainte garde, votre Honneur. J'ai dit tout ce que j'avais encore à dire, après l'assourdissant silence de l'accusation.
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kartouche le magnifique
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Jeu 10 Déc - 21:53

Citation :
Bonjour Messire Kartouche,

Ma démarche risque de vous paraître incongrue, mais j'espère que le CaM que vous avez été saura être sensible aux difficultés que je recontre en tant qu'actuel CaM de Gascogne.
Il est venu à mes oreilles que vous avez réussi à remonter l'économie de vos mines, alors que celle de Gascogne reste végétative. Les effectifs de mineurs restent faibles, principalement celui de la plus rentable, la mine d'or, qui stagne dans les 15 mineurs.
L'animation pour amener les habitants aux mines n'a pas eu de succès. L'augmentation des salaires de 15 écus à 16,50 écus n'ont pas donné une augmentation d'effectif suffisante pour compenser la perte en salaire. Je suis à cours d'idée pour remplir cette mine d'or qui permettrait pourtant d'enrichir le duché et ses habitants.

Même si la barrière de la foi nous sépare, j'espère que celle de l'économie nous rapproche suffisamment pour vous donner envie de me prodiguer quelque conseil.

Bien à Vous

Bzeuh, CaM de Gascogne

Le magnifique réfléchit, lourdement. Les Gascons ne seraient-ils pas ceux qui nous attendent de pieds ferme à Dax ?
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Ven 11 Déc - 13:05


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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Lun 21 Déc - 0:19

Moi, le 12, a écrit:
Salutations,

Je ne serai pas long. Tout d'abord, je vous prie de m'excuser pour cette tardive réponse, mais j'ai été quelque peu coupé de mes ressources ce cinq derniers jours et n'ait pas eu l'occasion de prendre ma plume, ni même de lire mon courrier.

Sachez que je suis éminemment surpris d'être contacté pour une province qui ne cache pas ses intentions belliqueuses à l'encontre des soldats de la bonne cité de Genève en guerre contre la comté de Béarn. J'espère que la présence d'une armée gasconne à Dax, qui, selon mes informations, fera couler le sang du moindre genevois qui tenterait de passer par là, n'est qu'un malentendu. Car, de notre part, il n'a jamais été question d'attenter aux affaires de la gentille Gascogne.

Je serais évidemment enchanté de pouvoir prodiguer mes conseils -s'ils peuvent être d'une quelconque utilité- à un collègue. Car Christos nous a appris à ne point être avares de ce que nous pouvons donner, à plus forte raison lorsque cela ne nous coûte rien. Cependant, enfant de Genève, je ne puis humainement aider quelque province qui est prête à occire les soldats de Genève. Ne prenez pas ceci comme un refus, mais simplement comme une invitation à négocier. Car si je fus longtemps responsable des mines des confédérés d'Helvétie (ce qui ne fut pas tâche aisée), je sais, pour avoir souvent fait office de médiateur, que bien des choses peuvent se régler par la discussion. Je ne vois guère de raisons objectives à répondre par la positive à votre demande, mais qui sait...

Notons aussi que je n'ai de toute manière aucune connaissance des possessions gasconnes en matière de mines ; je ne pourrais donc pas faire grand chose pour vous, même si je le voulais bien. Permettez-moi toutefois un commentaire : si vous avez assez de matières premières, et que la mine d'or n'est pas la seule a être accessible depuis une ville, augmentez les salaire de la mine d'or relativement aux autres (et non le salaire de toutes les mines). Il est toujours difficile d'augmenter globalement la fréquentation des mines : là où c'est possible, il faut essayer de la balancer au mieux. C'est un problème global que nous avons partout : il y a de moins en moins de gens pour travailler à la mine, mais c'est rarement pour des raisons pécuniaires.

Fraternellement,
Kartouche, bourgeois de la bonne cité de Genève.
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Lun 21 Déc - 0:25

Bzeuh, le 13 décembre a écrit:
Messire,

Je vous remercie de votre réponse et des pistes d'amélioration qu'elle contient à propos des mines. Je comprends tout à fait vos réserves liées aux relations politiques entre nos comtés. J'ai relayé votre lettre à Dame Atirenna, la chancelière ducale de Gascogne, afin qu'elle puisse vous répondre sur notre notre armée de Dax ou sur ce qu'elle juge utile.

Bien à vous

Bzeuh, Commissaire aux mines de Gascogne
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Lun 21 Déc - 0:55

Kartouche en Béarn.
Chapitre 3¹ : Où une surprise est réservée à notre magnifique héros, et à son narrateur


C'est en mois que cette guerre s'écrit. Un demi pour rallier le Béarn depuis Soleure. Un plein et entier pour remporter le siège du château. Un autre qui se termine, dans à ne rien faire. Tout semble bloqué, les genevois peuvent se promener à leur guise dans la cité, ils fraternisent, autant avec les autochtones qu'avec ceux qui sont venus leur botter le train. Après la Blitzkrieg, la Sitzkrieg : drôle de guerre² ! C'est peut-être ainsi que l'Histoire se souviendra de l'escapade des lémaniques au Sud-Ouest. En tous les cas, la vie est belle en ce milieu de décembre, à Pau. En vérité, il serait même assez difficile au le voyageur peu au fait des subtilités étatiques de se rendre compte que la Béarn est en guerre, du moins que Genève guerroie en Béarn. Toutes les choses vont de leur cours ordinaire, ou presque. Il y a bien une armée, et une forte concentration de groupes armés portant fièrement leurs coutelas et leurs croix, mais rien de très visible pour le profane.

Le magnifique Kartouche, profitant de cette situation, fait sa promenade quotidienne dans les ruelles de Pau. Comme il n'aime pas la foule, autant par modestie que par volonté de ne pas voir le flot de ses pensées interrompues par la rencontre de quelque connaissance. Il faut dire qu'il a matière à penser. Gaïa le tient au courant des affaires helvétiques, et quand cela ne suffit pas, Izaac complète ses informations. En l'occurrence, il se passe beaucoup de choses, et depuis le dernier courrier qu'il a reçu, nul doute que quelques évènements fracassants ont encore eu lieu. Aux dernières nouvelles, quatre lurons s'étaient emparés du trésor des confédérés, se montant à quelque 150'000 écus bernois, sous prétexte de rembourser le comté du Béarn, prétendument pillé par la libre cité de Genève. Une affaire abracadabrantesque, dont le but soigneusement tu -mais évident- était sûrement de s'en mettre plein les bourses et d'aller mener une vie de châtelain peinard, dans quelque province soumise à l'autorité du roi Lévan. Il n'est d'ailleurs plus à démontrer que Federer fait preuve d'une passion immodérée pour les manoirs et autres casse-têtes³. Mais les helvètes sont un peu conservateurs, et l'architecture moderne, c'est pas trop leur truc ; le chancelier déçu aura donc préféré faire montre de sa vision déconstructiviste ailleurs.

Une autre dépêche, certes un peu moins fraîche, faisait état de la destitution par l'ami Lionel du souverain fribourgeois devenu fou, après avoir changé de nom. Phase aigüe -et terminale, dans son cas- d'une schizophrénie longtemps latente, dirait-on cinq siècles plus tard⁴.

Un troisième fait, mais qu'il est inutile de rappeler, et qui n'a guère d'influence sur les humeurs du placide Kartouche, est la présence de quelques armées de preux chevaliers en Bourgogne, sous la guidance de la gentille maîtresse de Lévan, la princesse vanillée. Ils n'ont pas encore trouvé de chemin menant à Genève. Il faut dire qu'il neige, depuis des semaines, sur les cols. Et qu'il faut s'appeler Adolf Kartoffel pour tenter le passage⁵. Le gens des plaines du Nord n'ont pas l'habitude de ces obstacles dressés par le bon Deos. Genève, forteresse imprenable, par la grâce du tout-puissant et par la discipline des braves bourgeois recensés. Les rumeurs les plus folles font aussi état des réserves émises par les comtois quant aux passage de troupes françaises sur leurs terres, mais c'est un peu moins épique.

C'est à ces réflexions, empreintes d'une certaine nostalgie patriotique, que s'abandonnait l'onirique Kartouche, s'aventurant toujours plus loin dans les bas-fonds boueux de la capitale béarnaise. Ainsi transcendé qu'il était - et transi de froid aussi- il n'aurait pas été capable de voir un Nekroman débouler en face de lui. C'est dire que si quelque gredin s'avisait de lui tendre un guet-apens, il ne verrait rien venir. Le premier venu pourrait le faire prisonnier, lui trancher la gorge ou bien le détrousser de la cinquantaine d'écus qu'il portait sur lui. Toute sa fortune, présentement, gagnée à la sueur de son front et au péril de sa vie dans les instables mines du Béarn. Bref, il se promenait, insoucieux. Ou plus précisément, totalement inconscient...



Notes :
1. Troisième, parce qu'auparavant, il y a eu l'affaire Clémence et la destitution du maire dans le tumulte de la prise du château. Et parce que le joueur aime bien croire que c'est une longue épopée qu'il est en train d'écrire. Prétentieux !
2. Le narrateur du XXIème siècle, omniscient, rappelle à ses lecteur assidûs qui auraient oublié leurs leçons d'histoire, que la «drôle de guerre» (ou «Sitzkrieg» en allemand, jeu de mots auto-référant au chapitre 0 des aventures de Kartouche, lorsqu'il fit entrée fracassante en Béarn) est le petit nom de la période s'étendant entre la déclaration de guerre des alliés à l'Allemagne (sept. 1939) et l'invasion par les Allemands de la Franc et de la Belgique (mai 1940). Période pendant laquelle on joue aux cartes, en attendant.
3. Federer annonce son voyage pour le Béarn, justement. Aura-t-il l'occasion de visiter ce monument audacieux, que Kartouche commence à connaître comme sa poche ?
4. Ce terrible mal guette d'ailleurs pas mal de mes lecteurs. Un seul remède connu à ce jour : s'identifier totalement à son personnage ! C'est plus prudent...
5. Kartouche a en effet établi, un an auparavant, le record de la traversée de la Faucille sous la neige, avec une attelage de quelques centaines de mules, traînant des caillasses helvète. La qualité du granit helvète est telle que les bretons les achètent à prix d'or, lorsque ce ne sont pas les vénitiens tentant de remettre leur cité à flot.


Dernière édition par kartouche le magnifique le Lun 21 Déc - 0:56, édité 1 fois
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kartouche le magnifique
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Lun 21 Déc - 0:55

Le jour décline sur Pau, en ce samedi après-midi, et il y a de moins en moins de soleil pour réchauffer l'atmosphère glaciale dans laquelle la ville est plongée depuis plusieurs jours. L'héroïque Kartouche s'en va donc s'asseoir dans la première taverne qui croisera son chemin erratique. Il ne regarde même pas l'enseigne. Est-ce "Fluir na halba", ou bien "L'Auberge des voyageurs", il ne le sait pas. En tous les cas, il n'y a pas foule autour des tables, ce qui n'est pas pour déplaire à Kartouche. La porte refermée rapidement pour ne pas laisser entrer le froid, il ôte son immaculé chapeau, utile camouflage en cette saison, et gratifie la compagnie d'un bref salut. Il va s'asseoir dans un coin, pas trop sombre tout de même puisqu'il à l'intention de mettre à jour quelques papiers.

«Aubergiste, amenez-moi une chope et un morceau de jambon, j'vous prie. Il fait un froid à geler les canards sauvages, dehors. Pourtant, la glace de chez vous, c'est rien comparé à la gelure qui fait descendre les montagnes de chez nous, dans les vallées confédérées. Le Vieux ne m'y prendra plus avec ses salamalecs dignes d'un comtois : passer la fin de l'an au soleil, qu'il disait...»

Si après ça il y en a encore un qui n'a pas compris que le nouvel arrivé est un de ces arrogants genevois qui se baladent impunément dans la cité, c'est qu'il a quelques godets de trop dans le gosier. Après tout, vu la saison, cela n'aurait rien d'étonnant. L'alcool n'est pas le privliège des prétendants éconduits : ceux qui ne supportent pas les rigueurs hivernales des contreforts béarnais y ont droit aussi. Kartouche compte bien en profiter, lui qui a depuis longtemps épuisé son stock de liqueur armagnacaise. Il ne pensait pas que la guerre durerait si longtemps. Tout en se remplissant la panse, il griffonne quelques mots sur un papelard, fatalement transformé en éponge à graisse : les cochons béarnais sont rudement grassouillets.

Citation :
Kartouche, bourgeois de la bonne cité de Genève, par ailleurs ambassadeur plénipotentiaire de la susdite,
À son excellence Atirenna, chancelière de la jolie Gascogne,

Salut et bénédiction éternelle !

Voici une dizaine de jours, un de vos collègues, le commissaire aux mines messer Bzeuh de l'Aube, a requis de ma part quelques conseils à propos de la gestion du domaine minier d'une province. J'ai malheureusement -impardonnable manquement aux enseignements d'Aristote et de Christos- dû lui écrire une réponse essentiellement négative, si l'on fait abstraction de quelques éléments d'ordre général quant à l'exploitation optimale des mines et carrières.

Car entre Genève et la Gascogne, il y a un mur, un rideau de fer : les lames des cadets stationnés à Dax, dans l'intention -c'est ce que la rumeur colporte- de décoller le premier soldat lémanique qui s'aviserait de passer par là. Vu ma connaissance actuelle de la situation, vous comprendrez qu'il me serait difficile de faire profiter les bailliages gascons de mon expérience minière.

Cela, toutefois, est regrettable. Car à l'encontre de la Gascogne, Genève n'a nul grief, bien au contraire. Et nous avons en commun quelque chose de fantastique : le voisinage d'une grande étendue d'eau. Nous autres lémaniques avec une affection et une compréhension particulière à l'égard de ceux qui côtoyent l'immensité des flots. Je serais personnellement ravi de pouvoir collaborer, dans la mesure de mes possibilités, avec mon confrère gascon, mais je crains qu'il ne manque pour l'instant une volonté diplomatique pour cela. C'est la raison de ce pli, dont les éléments essentiels ont cependant déjà été portés à votre connaissance, messer Bzeuh m'ayant écrit avoir relayé auprès de vous ma réponses à sa récente requête.

Soyez assurée, Excellence, de la considération fraternelle que je porte aux gens de la Gascogne. Deos vous garde et vous bénisse !

Kartouche, de Pau, le 21 décembre de l'an de grâce 1457.

Kartouche ne relit pas sa bafouille, il fait confiance à sa plume. Il glisse le papier, plié quatre fois en remplacement d'un joli sceau en cire, dans sa chemise. Cette fois-ci, il essaiera de penser à la faire envoyer : en effet, il lui revient à l'esprit la dernière lettre qu'il a écrite à propos de mines, réponses à ClémenceII s'inquiétant de l'entretien, perdue dans le tumulte des combats dans le château. C'était il y a presque un mois, déjà.
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Jeu 24 Déc - 9:24

Citation :
De Mont de Marsan, le 23 décembre de l'an de grâce 1457.

Messer Kartouche... et Excelence ambassadeur...

J'ai bien pris connaissance de votre demande, cependant, avec toute la courtoisie que je puis vous offrir, pour la diplomatie, vous auriez pu venir me rencontrer en ma chancellerie dont la porte est grande ouverte aux ambassadeurs de toutes contrées, voisines et lointaines... de plus... vous n'êtes pas sans savoir, puisque vous connaissez la disposition de nos frontières, qu'en ces temps, nous ne sommes que prévoyants, après ce qu'il s'est passé au Béarn...

Si des conseils vous pouvez partager avec mon ami et confrère, le Conseiller Ducal Messer Bzeuh, les missives que vous avez partagé jusqu'alors, peuvent continuer jusqu'à ce que le calme soit de retour !

Malheureusement, et comme vous pouvez vous en douter, je ne suis pas autorisée à délivrer les laisser passer, les demandes se font par notre Conseillère Ducale et Prévôt Noupi54, qui se fera un plaisir de répondre à votre demande, ce après l'avoir présenté à notre Duc sa Grasce Godgaby...

Je ne saurais vous conseiller d'avantage, de poursuivre ce qui fut de bonne augure, vos conseils par missives respectives, cependant vous pourriez lui faire la demande de venir en notre Duché pour y converser en son bureau, mais peut être préfèreriez vous le faire en ma compagnie à la Chancellerie devant quelques gourmandises et quelque rafraichissement ?

Dans l'attente de vous relire, je vous souhaite de savourer les repas que tous nous envisageons de goûter dès demain en la naissance de Cristos, en espérant pour tous les peuples du Royaume paix et santé...

Qu'Aristote vous protège, ainsi que la Gascogne et tout les Royaumes qui peuplent les terres voisines et lointaines !

Atirenna Dame de Verlinghem
Chancelière Ducale de Gascogne
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Jeu 25 Fév - 10:27

Et vlan ! Sont pas commodes, les Toulousains. Kartouche vient d'en prendre pour dix jours, pour en avoir voulu gagner un...

[K. s'est fait sérieusement blesser (10 jours d'indispo à la clé) par un seul coup porté par Lily-Jane, capitaine de son armée (et comtesse de Toulouse). L'armée est très vraisemblablement une coquille vide, ou quasi vide. Si de fairela comtesse de Toulouse tente quelqu'un...]
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kartouche le magnifique
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Sam 6 Mar - 16:55

Citation :
Vétéran helvète, économiste confirmé, disputateur éclairé et riche homme d'affaires cherche petite province aux liqueurs agréables et aux femmes pas trop farouches. Installation de suite ou à convenir, si possible dans manoir campagnard. Envoyer dossiers à Montauban, poste restante.
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Kirkwood
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Sam 6 Mar - 22:25

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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Mar 16 Mar - 17:51

La vengeance est un plat qui se mange froid.

Citation :
CASTELNAUDARY (AAP) - Dans la nuit du 14 au 15 mars, une armée toulousaine et une lance de voyageurs guyennois ont livré bataille sous les murs de Castelnaudary. Devant le petit bourg toulousain, les huit voyageurs, qui étaient menés par le réformé Sancte et allaient de Montauban à Carcassonne, ont rencontré la comtesse sortante Lily-Jane, portant bannière toulousaine. Un combat a été engagé entre les deux entités.

L'ancienne comtesse a été laissée pour morte sous les murs de Castelnaudary et son armée dispersée. Dans l'autre camp, Sancte, meneur du groupe de voyageurs, a été superficiellement blessé.

Kartouche, pour l'AAP
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Kirkwood
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Mer 17 Mar - 18:37

Bal tragique à Colombey...

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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Dim 21 Mar - 12:23

le 20 mars, dans son journal précieusement conservé dans sa chemise, kartouche le magnifique a écrit:
À jour exceptionnel, résolutions exceptionnelles.

Aujourd'hui, équinoxe de printemps, j'ai pris la décision de reprendre ce vieux journal, que j'avais commencé jadis lorsque je voyageai à travers la confédération. Mais cette fois-ci, il n'est plus question de ce vade-mecum confédéral à l'usage de mes contemporains ; ces pages serviront peut-être à ceux qui investigueront, à l'avenir, sur cette période troublée que nous nous apprêtons à vivre, et dans laquelle un rôle m'est dévolu, comme l'ont souhaité certains.

Aujourd'hui, j'ai pu constater à quel point la place de l'Église dans la société guyennoise, et en particulier montalbanaise, était précaire. Nous saurons en tous les cas d'ici quatre jours ce qu'il en est vraiment. Causant avec Melior -assurément future duchesse de Guyenne- j'ai été envahi par quelque perplexité lorsqu'elle commença à me parler d'un de ses amis, premier parmi ses pairs, avant de comprendre qu'elle parlait de Valnor, premier parmi les pairs de France, justement. Ce dernier semblait avoir été dépêché en Guyenne pour retrouver le maréchal Flex. La Guyenne, définitivement -comme aiment bien le dire les mauvaises langues- était au centre de la moitié des affaires du royaume. Le duchesse aurait bien du fil à retordre.

Aujourd'hui, j'ai vu aussi combien les gens étaient gentils avec moi. Surtout les jeunes femmes honorables qu'on trouve dans les tavernes de la cité. Cela fait chaud au coeur.
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kartouche le magnifique
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Mar 23 Mar - 1:26

le 22 mars, sur son journal précieusement conservé sous chemise, kartouche le magnifique a écrit:

Aujourd'hui, Odoacre débarque à Montauban pour l'enquête sur Kindjal et Bardieu. C'est une affaire qui va faire du bruit, et il doit être possible de s'y positionner avantageusement. Je me demande d'ailleurs si je ne vais pas lui proposer d'installer ses quartiers dans mon entrepôt. Il refusera, naturellement, car il connait mes antécédents mieux que les gens du village.

Hier, j'ai obtenu une entrevue de Verty, l'archevêque de Bourges. Ses déclarations sont intéressantes et devraient répondre aux interrogations des braves du village et de Guyenne. En partie, du moins. Et en attendant les conclusions de l'inquisiteur.

Aujourd'hui, le chateau des ducs du Berry est tombé. C'est une noire série, après la chute du Mans hier. La princesse a fermement condamné cette dernière attaque ; mais à propos de Bourges, rien du tout. Si l'on sait que l'assaut manceau était mené par l'angevin Finam, ceux qui sont derrière le Berry sont plus mystérieux. Quelques questions se posent.

Hier, j'ai beaucoup réfléchi à l'avenir proche du royaume de France. Mon avis est que les choses se présentent très mal pour le parti lévanide. Et la princesse, justement, sera la première à faire les frais de la crise qui s'annonce dans les 3 prochains mois. Car le ciel de Paris s'assombrit, et Armoria n'est plus en odeur de sainteté : sa gouvernance dure depuis de nombreuses années, ses choix stratégiques sont âprement critiqués et elle semble papillonner sans raison, s'embourbant en Provence. La Provence, justement, est la pierre d'achoppement majeure. Et lorsque je réfléchis aux prémices qui ont mené à cette guerre provençale, je reste songeur.

Aujourd'hui, je me demande ce qu'il restera du pouvoir royal dans trois mois. Tous les éléments sont réunis pour qu'une fronde d'envergure ne soit menée contre le parricide. Ce dernier a répondu à la Bretagne d'une manière qui a certainement déplu aux bretons. Et qui déplait aussi certainement aux gens du Ponant. Si les bretons manoeuvrent bien, ils peuvent pousser la moitié du royaume contre Lévan. Il ne leur manque qu'un vassal du roi pour fédérer les mécontentements, s'ils ne l'ont pas déjà trouvé. Car l'hostilité envers le roi n'est pas négligeable. Il faut compter les provinces du Ponant : Anjou, Poitou, Guyenne, Artois et la Bretagne. Il faut ajouter le Languedoc, frustré de l'ingérence parisienne il y a quelques mois, et le Berry, royalement défait. Sans oublier les nombreuses provinces et autres grands seigneurs qui en ont assez d'être soumis corps et âme à leur suzerain. Si quelque chose se passe, tout sautera.
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Jeu 13 Mai - 1:51

Quand Kartouche se met à raconter des histoires, ça n'arrête plus.

C'est en deuxième page du best-of, si jamais vous voulez faire une B.A. Embarassed

Citation :
En prenant place, les yeux de l'oublieux Kartouche se posèrent sur les sympathiques volumes dont nous avons parlé plus haut. Il sourit de sa négligence, ne sachant pas très bien quelle genre de personne il avait en face de lui. Montrant l'Armagnac, il prend la parole.

«C'est une des bouteilles que j'ai acquises en Armagnac, lorsque je quittai le Béarn, justement. Je vais y venir...»

Le mystérieux Kartouche saisit son verre et, après l'avoir tendu en direction de la petite Mayouche pour trinquer, y trempe ses lèvres.

«Assurément, c'est le meilleur qu'on puisse trouver. Vous savez, c'est un vice que j'ai attrapé lorsque nous vidâmes les caves du palais épiscopal de Lorgol, à Genève, une fois les ennemis culbutés hors de nos bailliages. Le vieil Izaac s'attribua les jolis crus des vignobles bourguignons et provençaux, tandis que je me contentai de quelques flacons de cet admirable breuvage... Depuis ce jour, si je n'en ai plus dans ma réserve, c'est une catastrophe. Mais j'imagine que vous n'êtes pas venue pour m'entendre parler de cela, n'est-ce pas ?»

Sourire amusé. Tel un vieux sage, il aime à éprouver la patience de ses interlocuteurs. Mais pas plus que de raison.

«Bien, bien. Je crois que nous en étions resté au moment où Petitced, le noble, l'éminent bourgmestre de la ville, malgré son drapeau blanc, s'était fait lâchement occire par le curé de Genève, le vilain Yohann. Les bourgeois de la bonne cité, dans un premier temps abattus par l'évènement, redoublèrent d'ardeur dans les jours qui suivirent. Chaque jour, chaque heure, les croisés perdaient des hommes dans leurs assauts qui, sans cesse, se brisaient sur une défense sans cesse renouvelée. Le service d'ost, astreignant tous les bourgeois au recensement, que nous instaurâmes plus tard, se voulait être la prolongation légale de cet état de fait hautement civique : le Genevois qui se respecte défend la cité, parce que sa cité est bonne pour lui. Genève la prospère, Genève la bien administrée, Genève l'agréable : autant de qualificatifs qui définissent la vie au bord du Léman, ses usages et ses coutumes. Le bourgeois recensé reçoit un équipement, il garde la cité régulièrement, il est entraîné aux techniques de la guerre asymétrique, il défend avec brio l'honneur de Genève lors des tournois organisés par la Compagnie. Le bourgeois recensé, en bref, est l'homme parfait.»

«Rome, quelques jours plus tard, constata l'échec de cette affaire : on ne gagne pas contre quelques réformistes léonins en décimant la population d'une bonne cité. Les troupes croisées quittèrent le pays, pour de bon cette fois. Mais le mal était fait. Genève, meurtrie, était devenue profondément réformée au contact des croisés ; les Genevois gardaient dans leur mémoire la chute de Petitced. Comment serait-il possible, pour un bourgeois de la bonne cité, d'oublier ces instants terribles. C'était l'aube, une aube de printemps, fraîche et mordante. Tous, depuis les remparts, nous regardions le brave Petitced s'avancer seul, désarmé, chapeau blanc, bottes blanches... euh... je veux dire, drap blanc planté sur une pique. Il avait passé la grande porte d'Annecy, qui n'avait pas été ouverte depuis l'arrivée des croisés dans le mandement genevois. Nous comptions ses pas, nous regardions, sous le soleil matinal qui peinait à réchauffer une terre encore couverte de givre, la marche héroïque de notre charismatique prince, sans nous douter qu'il s'agissait d'une marche funèbre. Nous tremblions, tant par le froid que par l'espoir de voir ces négociations aboutir. Mais nous ne tremblions pas pour Petitced, car il était inimaginable qu'un émissaire ne soit inquiété ; certes, Lorgol avait trompé, certes, ils avaient combattu un dimanche. Nous comptions les pas de notre avoyer ; j'en étais à 42, mon voisin à 39, Izaac à 56. C'est que le bougre a toujours une longueur d'avance. Dans le camp des croisés, il ne se passait pas grand chose. Les chevaux paissaient paisibles, les armuriers affûtaient les épées émoussées la veille, les logisticiens distribuaient le pain. Et Petitced avançait, dans une certaine forme d'indifférence. Il passa au milieu d'un groupe de tentes, noires. J'avais compté 263 pas, un par croisé, exactement (sans doute parce que j'ai confondu, jadis, les deux chiffres lorsqu'Izaac m'interrogea pour son histoire de Genève ; il est peu vraisemblable que les croisés aient été si nombreux). C'étaient les derniers pas du bourgmestre. Nous n'entendîmes pas un bruit : il n'avait pas de lame pour parer les coups de ses adversaires, il succomba sans crier. Nous n'aperçûmes rien de cette tragédie. Petitced était tombé derrière le rideau. Le plus terrible évènement de cette guerre est aussi le seul dont personne ne peut témoigner, sinon les gredins qui lui tranchèrent le chef. Quelques secondes plus tard, nous vîmes une perche -c'était une pique de fantassin, en réalité- monter depuis derrière cette tente. Il y flottait ce drap blanc avec lequel Petitced était sorti. Nous crûmes d'abord qu'il nous faisait signe amical, qu'il était parvenu à la table des négociations. Puis quelqu'un cria : «Du sang !» Et, sur les murs, nous nous regardâmes. Izaac se tourna vers Nicbur. Nicbur jeta un regard abasourdi à Sanctus. Sanctus jeta un oeil sur le Skald. Le Skald interrogea silencieusement Amyahh. Amyahh fronça les sourcils en direction de Tatoumi. Et Notwen, en bas, qui priait les saints de rendre la raison aux croisés. Tous, nous comprîmes. Tous, nous découvrîmes les taches rouges sur la tenture. Tous, nous vîmes alors la tête de l'avoyer, plantée au bout de sa propre hallebarde, ses cheveux flottant au vent. Alors, les portes se fermèrent, la clameur monta. Toute la ville, tous les bourgeois hurlaient leur peine ; en choeur, ils criaient «Traîtrise !» et «Assasins !». Il paraît qu'on entendit les plaintes des bon bourgeois jusqu'à la mine d'or, près de Novidonum. Le lac lui-même frémit tout au long de ce concert. Et pendant un jour, pendant que les croisés se repaissaient de leur prise, les cloches de Saint-Pierrot sonnèrent, si fort et si longtemps que la plus grande se fendit. Aujourd'hui encore, lorsqu'un prêtre arrive à Genève et qu'il veut faire sonner les cloches de l'église cathédrale, elle sonne faux. Elle pleure, de sa voix éraillée, le bon bourgmestre tombé sous les coups du curé de Genève.»

«Vous comprenez, maintenant, pourquoi nul n'a pu oublié ce drame. Ce n'est pas une question de rancoeur, ni de vengeance. Ce n'est pas une affaire de réconciliation, ou de pardon. C'est un devoir de justice. Yohann fut jugé devant la cour de Genève, par contumace parce qu'il ne se présenta pas aux audiences. Le juge prononça la mort. La mort contre les traîtres devant Genève, la mort contre les traîtres devant Deos, la mort contre les assassins. Le chancelier Izaac, quant à lui, n'eût de cesse de rendre la vie du défroqué insoutenable ; partout où ce dernier passait, le vieux chancelier s'efforçait de le faire bannir. Cela marchait bien, jusqu'à ce que Yohann -qui s'était fait connaître entre-temps pour avoir dévalisé quelque château germanique- s'installe en Béarn. C'était il y a un an, un peu moins. Izaac, à nouveau, joua de sa belle plume pour demander aux béarnais une extradition, ou un bannissement. Il n'obtint du chancelier de là-bas, Varden, que le mépris. Sans réponse pendant des mois, il n'eût d'autre issue que de poser un ultimatum au Béarn, en septembre 1457. S'ils ne répondaient pas, c'était la guerre. Le conseil dût en rire, pour autant qu'il ait été informé de l'affaire par les diplomates béarnais : une petite cité faire la guerre à un prestigieux comté situé à des centaines de lieues ? Ce n'était pas une rigolade. Deux semaines plus tard, Nicbur, l'avoyer de Genève, déclarait la guerre au comté de Béarn. Il battit le rappel du ban, les volontaires de l'ost furent incorporés à la Compagnie des Reîtres suisses, et moi -la patient paie, j'en viens à ce qui vous intéressait- je ralliai en toute hâte ma cité depuis mon plénipotentat alémanique, où je travaillais à réconcilier Fribourgeois et Soleurois. Ils se débrouilleraient bien sans moi, décidai-je. Je fus à Genève trop tard. Quatorze jours plus tard, je rejoignais à Tarbes les mercenaires de renfort, pendant que le gros des troupes genevoises patientait à Jaca, en Aragon. Voilà, Mayouche, ce qui m'a poussé hors de ma ville.»

Un long soupir. C'est tout ce que le prolixe Kartouche peut offrir comme conclusion à ce deuxième chapitre. Il ferme les yeux et croise ses mains sur sa nuque, s'étirant après des longs instants passés sans bouger autre chose que sa langue et ses lèvres. L'histoire, décidément, était plus longue qu'on ne tendait usuellement à le croire.
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Lun 24 Mai - 18:33

Après avoir raconté l'histoire récente de Kartouche de Genève à une charmante noiraude, Kartouche transforme son bureau en centre de congrès. C'est la conférence au sommet pour quelques léonins.

Sanctus a écrit:
Sanctus avait traversé la moitié du royaume pour se retrouver un peu par hasard à Limoges. Il avait évité de peu une armée en Poitou qui l'avait laissé pour mort. Décidément, plus le temps passait et plus il se sentait investi d'une mission divine.
Il avait demandé à des passants où se trouvaient le bureau du sieur Kartouche, Genevois de coeur. On lui avait dit de chercher du côté de la cathédrale et après avoir fait plusieurs fois le tour de la place, il s'engagea dans une ruelle étroite. Et là il tomba sur la pancarte :


Agence AAP du Limousin et de la Marche
Kartouche rédacteur


C'était donc là. Il toqua et poussa la porte.

Kartouche a écrit:
Dimanche. Le soleil se lève à peine sur Limoges que le matinal Kartouche planche déjà à son bureau. Il vient de recevoir une dépêche genevoise annonçant l'élection d'Izaac au poste de maire. C'est marrant, mais la cité va en souffrir. S'il se doutait de l'identité de la personne qui va franchir le seuil de son agence, il serait assurément en train de préparer de quoi se désaltérer. Le flacon d'Armagnac et toultoutim. C'est que cela faisait bien quatre mois que les deux lurons n'avaient pas eu l'occasion de partager de la boisson ; les fraises, ça va un moment, mais faut pas exagérer. La conférence au sommet s'annonçait des plus mémorables Le centre du monde est en train de se déplacer de Genève vers Limoges, assurément ; le progrès est en marche. Florebo quocumque ferar, comme dirait le vieux.

Ça toque, il se retourne. Pour voir apparaître une silhouette qu'il connait bien. Il se pince, pour s'assurer qu'il ne rêve pas et que son lever matinal n'est pas en train de lui jouer un tour onirique. En comprenant qu'il ne s'agit pas d'un cauchemar et que c'est bien le primousse qui se trouve en face de lui, il se hâte d'aller lui donner l'accolade.


«Ah, vieux gredin, quelle est cette mauvaise farce que tu me joues ? Débarquer à Limoges, tu veux me foutre toute la cité aux trousses, ou quoi ? Entre donc qu'on puisse causer un peu, ça fait des lustres.»

Et l'agité Kartouche de tirer Sanctus à l'intérieur. Il claque la porte derrière lui et montre la table et les deux fauteuils, avant de passer dans une pièce attenante. Il revient avec un flacon -le même que la dernière fois- et deux verres, qui sont aujourd'hui un peu plus grands...

«Eh bien, qu'est-ce qui t'amène ici ? Je ne pensais pas que ta longue remontée vers la Bourgogne passerait par Limoges... On m'a dit que vous aviez été ennuyés, avec Sancte et des amies, du côté de Saintes. Mais apparemment, tu t'en es sorti sans trop de mal, puisque tu es déjà ici. Autrement, j'ai appris qu'il y avait quelques gens à nous dans la cité. Tu as vu que je suis candidat à la mairie ? On va s'couer tous ces bien-pensants. Dis, je me demandais, des fois que je ne sois pas élu -ce qui est très peu probable- vous ne voudriez pas me filer un coup de main pour prendre le pouvoir d'une autre manière ? J'aime pas perdre.»

Il lâche un rire faussement amusé, avant de servir deux verres.

«Je blague, évidemment. Santé, l'ami !»

Sanctus a écrit:
L'homme n'avait guère changé. Un p'tit coup de vieux sans doute, mais cela n'arrivait-il pas à tout le monde ? Il était toujours aussi truculent et prompt à servir la rasade qui allait bien avec les fraises (quand c'était la saison).

Il s'assied sur un des deux fauteuils et observe Kartouche lui ramener de quoi boire.


Figure-toi Kartouche que je ne m'attendais pas à te trouver ici. Deos est donc toujours aussi taquin. C'est en allant me promener dans les bordels de la ville qu'une belle rousse a prononcé ton nom alors que je lui comptais fleurettes sur mes exploits léonins afin de la conquérir toute entière. La garce savait y faire et elle m'a appris qu'il t'arrivait de passer.
Renseignement pris, me voici.
J'ai cru comprendre que Dekos est aussi dans le coin ? Il paraît que l'Eldorado remonte plus à l'est, sans que j'en sache plus.
Quant à moi, je ne suis pas ici pour passer du bon temps. Je dois retrouver des sicaires. Mais... il y a eu un accrochage du côté du Poitou. Ces gueux ont passé blessé plusieurs des nôtres. Je m'en suis sorti car Deos en a décidé ainsi.

Tu as des nouvelles du Vieux ?


Suspense... Qu'est-il donc arrivé au Vieux ?


Dernière édition par kartouche le magnifique le Lun 24 Mai - 20:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Lun 24 Mai - 18:40

cheers

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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Mar 25 Mai - 20:26

Kartouche a écrit:
«Je ne connais pas de belle rousse, l'ami ! Que m'inventes-tu là pour une fricassée de champignons ? Dekos a probablement fait un passage éclair il y a quelques jours, tu as vu l'affiche j'imagine. Mes efforts pour le retrouver ont été vains. Soit il s'est bien caché, soit il n'a pas trainé.»

L'amusé Kartouche boit une rasade pendant que Sanctus continue à causer. Lorsqu'il mentionne le Vieux, il manque de recracher.

«Attends, l'ami, tu ne connais pas la dernière nouvelle ? Fichtre, c'est vrai qu'avec l'AAP, je sais tout rapidement, mais quand même. Ce gredin d'Izaac a été élu bourgmestre de Genève. C'est pas très étonnant, vu qu'il avait en face de lui un gusse qui se présente depuis six mois sans succès, Victor5. La candidature d'Izaac lui aura au moins permis de quintupler son score. D'ailleurs, je me disais, on devrait lui écrire une lettre de félicitations au nom du consistoire. Tu en penses quoi ?»

Il se repose contre le fauteuil, avant d'ajouter deux mots pour préciser.

«A Izaac, pas à Victor...»

Sanctus a écrit:
Sanctus manqua d'avaler de travers le contenu de son verre.

Quoi ???? Izaac a été élu maire de Genève ???!!!???
Lui qui a toujours déclamé sur tous les tons que jamais au grand jamais il ne mettrait les mains dans ce pétrin qu'est la gestion d'une cité ! Il va s'en mordre les doigts le bougre. Il va falloir maintenant qu'il assume !


Mais c'est une grande nouvelle. Le phare de l'aristotélité est donc revenu entre les mains de la vraie foi. Voir un ancien primus du Lion de Juda avoyer de Genève est une grande nouvelle en effet. Et je pense que le Consistoire doit rapidement saluer la nouvelle comme il se doit.

Et juste pour le plaisir et lui faire une surprise, on pourrait organiser un petit assaut, histoire de le piquer au vif. Mon petit doigt me dit qu'en ce moment, les défenses de Genève sont proches du niveau zéro.

Kartouche a écrit:
Le diverti Kartouche sourit en regardant la réaction de l'ancien primus.

«Comme je te le dis, l'ami, comme je te le dis. On dit qu'il a fait une erreur et qu'il a rendu un mauvais formulaire aux fonctionnaires municipaux. Ceux-là l'ont inscrit sur les listes électorales, et comme Izaac est guidé par le Très-Haut, il ne pouvait plus dire qu'il s'était trompé... Mais je t'accorde qu'il va s'en mordre les doigts. Je suis sûr qu'après trois jours, il accueillerait à bras ouvert une révolte léonine. Mais bon, comment justifier que le Lion prenne une ville qu'il tient déjà ?»

Il reste un moment songeur, avant d'attraper un parchemin et une plume.

«Je pense que j'ai une idée... Écoute un peu.»

Il griffonne en même temps qu'il parle.

Nous, consistoire du Lion assemblé dans la forêt, annonçons notre contentement de voir Genève retrouver le droit chemin. Cela augure de grandes heures pour la vraie foi en la cité lémanique. Toutefois, c'est avec une grande appréhension que nous voyons cela se réaliser en la personne du triste Izaac, mollusque-ermite du Salève. Nous l'avertissons que le Lion surveille ses actes, et le sommons de prendre des mesures drastique à l'égard des papistes encore présents dans la cité ; que la messe soit interdite, que les prêtres soient pendus et que Kirkwood opère le supplice de la plume sur ceux qui se réclament de rome, jusqu'à l'abjuration ou la mort.

Mais qui donc est cette belle rousse dont parle le pépé ? Kartouche ne fréquente pas les maisons closes, eeh...
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Mer 26 Mai - 22:06

Shirine a écrit:
Il a suffit d'un petit courrier rapide pour faire sortir la rousse de la taverne. "Sanctus est en ville... bla bla bla... Kartouche se présente à l'élection... bla bla bla... faut voter pour lui! bla bla bla..." logique! Le bout de parchemin dans le point, Shirine arpente les ruelles de Limoges. Cette ville lui était inconnue, et encore plus le lieu où elle pourrait trouver les deux hommes.

Réfléchissons... Si Kartouche est candidat à la mairie, c'est qu'il vit ici, s'il vit ici, quelqu'un sait surement où! Sans autre idée, elle apostrophe quelques passants pour se renseigner, entre même dans des boutiques pour interroger les commerçant... espérant ne pas trop se faire remarquer... Une rousse qui cherche Kartouche, allez savoir ce que l'on pouvait bien penser...

On finit par lui indiquer son bureau. Son bureau? La jeune femme a de la chance... Elle contourne la cathédrale et s'enfonce dans une ruelle, cherchant des yeux la bonne porte... qu'elle trouve enfin. Elle sourit en lisant la pancarte, puis frappe, espérant y trouver ce qu'elle cherche...

Kartouche a écrit:
L'appliqué Kartouche était en train de tirer la barre du 't' de «mort» lorsqu'on frappa. Grommèlement indiscernable. «Romfl, qui donc peut nous déranger si tôt... sont pas à la messe, ces gredins ?» Il fiche le parchemin dans les pattes de Sanctus et se lève pour aller ouvrir. Sa réplique est prête, il n'y a aucune raison pour qu'il accepte d'être dérangé par un quidam aigri qui en aurait après l'AAP pendant qu'il cause avec le pépé. Enfin presqu'aucune ; un bon flacon d'Armagnac serait un laissez-passer suffisant. Bref, la porte est à peine entrebaillée qu'il lâche d'une voix lasse, sans avoir vu le visage de son visiteur :

«Mon brave bourgeois, je suis navré, mais je ne suis pas disposé à recevoir des doléances aujourd'hui. Allez donc vous consoler à l'église, comme tous les...»

Il s'interrompt avant la suite. A ce moment, la porte est suffisamment ouverte pour qu'une flamboyante masse de cheveux apparaisse face à notre héros. Sa curiosité s'emballe, et il ouvre entièrement le chêne pour pouvoir dévisager celle qu'il n'a pas encore laissé parler. Sanctus mentionnait une rousse, tantôt ; était-ce celle-là ? Quel mauvais tour l'animal lui jouait-il ?

«Par les moustaches de d'Izaac du Salève, toi, ici ? C'est une fichue journée, décidément ! Entre donc, l'amie. Tu ne devineras jamais qui est ici ?»

Comme quelques minutes plus tôt, il tire sa visiteuse par le bras et referme la porte derrière elle. Mal, cette fois, puisque le loquet ne prend pas et que la porte claquée se réouvre de quelques centimètres. Le facétieux Kartouche, qui n'a rien remarqué, montre le fauteuil qu'il a laissé, celui qui est face à la porte (et par conséquent, l'autre n'est pas visible depuis l'entrée et son hôte de marque pas encore connu de la rousse) et passe dans sa cuisine pour chercher un tabouret et un petit godet. Lorsqu'il reviendra, Shirine se sera assurément installée en face de Sanctus et ils auront causé un peu.

La porte ? Pas fermée ? Mais c'est dangereux, ça...
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Jeu 10 Juin - 14:42

Un jour plus tard. Après avoir gribouillé toute la matinée, l'inlassable Kartouche sort de chez lui pour aller boire une pinte. Ce qu'il n'aura pas loisir de faire. Si hier, c'est un gamin qui campait devant sa porte, c'est aujourd'hui un spécimen particulièrement resplendissant de ciconia ciconia qui fait le pied de grue devant sa porte. C'est le Vieux qui lui envoie "Le Phare", compilation hebdomadaire des nouveautés genevoises et helvètes. Avec un jour d'avance, y a sûrement un problème.

«Viens, ma belle, j'vais te donner à manger.»

Le volatile roucoule... euh piaute... ou bien piaille. A moins qu'elle ne caquète, ou zinzinule. Enfin, elle craque à l'idée de bouffer les lézards qui commencent à proliférer sur les pierres de la petite cour intérieure. C'est qu'elle commence à avoir l'habitude de la maison. Notre héros en profite pour la dessaisir de la liasse qu'elle apporte. Les affaires genevoises, comme d'habitude, c'est du lourd. Des fois que les faux-cultois vident les arsenaux, on pourrait toujours utiliser les minutes du conseil comme des masses d'arme.

Tout en haut de la pile, un message désespéré avec un gros sceau orange désespérant. On bat le rappel général. Genève a besoin de vous, Messieurs Dames. Ouais, bien sûr, Izaac, on commence à la connaître, ta litanie. Genève se meurt, les gens désertent, gnia gnia gnia. Mais j't'ai d'jà expliqué, tant que t'auras pas planté Kirkwood au fond du lac, les gens r'viendront pas... On regard'ra plus tard cette histoire.

Kartouche feuillète. Très attentivement. C'est pas que c'est toujours la même chose, mais c'est tout comme.

Bannières italiennes dans les cols. Les cisalpins vont cogner sur les transalpins, encore ?
Dekos subventionne la garde. Avec l'argent de Clermont ? Huhu...
Election du conseil. Misterbop, Shadowangel ou Tatoumi ? La suite au prochain épisode.
Tournoi de la compagnie à Genève. On annonce la participation de Serrallonga, Bryseis et la bande. Après Dekos, ça va faire des vagues sur le Léman.
Nouveaux juges ... l'en faut bien plusieurs pour remplacer Garwin...Nicbur ... de bon goût ... et Rodrigue der Manchen ... évidemment, c'est un juge qui parle en allemand. Faut bien ça pour surveiller Gaïa.
[...]

Encore un papier qui traine par terre. Forcément, une déclaration barbante. Avec un mot griffoné dessus. Fourbissez vos armes. [...] Genève a besoin de vous. Du déjà vu, tout ça. Tiens, c'est un truc adressé aux savoyards. Bizarre...


Citation :
De Genève,

Autorités de Savoie,

Nous avons eu la tristesse ce matin d'apprendre que deux honorables genevois, en mission pacifique de vente de poissons, ont été molestés par l'armée savoyarde du capitaine Azalée de Sparte. Le gouvernement de ma république souhaite savoir si le duché de Savoie souhaite apaiser nos différents. Les petites intrigues qui minent nos relations depuis trop longtemps doivent cesser. Genève n'a jamais commis le moindre forfait dans le duché de Savoie. Genève est en paix avec tous ses voisins impériaux. Mais Genève est outragée. La Savoie a installé depuis trop longtemps des listes de têtes à abattre. Ces listes ne peuvent se perpétuer sans que le gouvernement de Genève prenne des mesures radicales. Si la Savoie souhaite la guerre, qu'elle poursuive ainsi.

A Chambéry,

Izaac, avoyer de la république de Genève.


La vache ! Ils s'amusent encore sans moi, les gredins. D'abord le Vieux qui devient maire. Ensuite le tournoi. Et maintenant la guerre contre la Savoie.

«Tu mérites une fessée, Izaac... Deos, tire lui les oreilles de ma part silteplaitjetensupplie.»
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Mer 17 Aoû - 16:48

Aux marches occidentales du Limousin. Après Sarlat de peu, loin de Tulle encore. Le magnifique Kartouche sur sa mule. Une dont il ne se séparerait pas ; il faudra la mort de l'une, ou de l'autre.

Autour de lui, trois autres voyageurs, une charrette ou deux, peut-être ; le narrateur ne sait pas. Sa mule suit docilement la tête du petit groupe qui pénètre dans les terres limousines. Son escorte, comme il se plaît à dire. Assemblage hétéroclite de gens d'origines diverses. Petits ou grands, ils n'ont en commun qu'un bout de chemin.

La bourrique avance toute seule, d'un pas lent et mesuré ; c'est un miracle en terre pieuse. L'admirable Kartouche peut ainsi passer le temps du voyage, quand il ne cause pas avec ces compagnons, plongé dans un volumineux codex. De temps en temps, il marmonne, ressasse en son esprit une phrase qui l'interpelle. Plus rarement, il lui arrive de lâcher à une parole du prophète. Il ne s'attend pas à ce qu'on lui réponde, il lui semble seulement que la voix du prophète, ici transcendante, ici transcendée, mérite d'être entendue.

La tête dans le codex, qu'il ouvre au hasard, pour lire quelques feuillets :
«Dès qu’un citoyen semblait s’élever au-dessus de tous les autres par sa richesse, par la foule de ses partisans, ou par tout autre avantage politique, l’ostracisme venait le frapper d’un exil plus ou moins long.*»

Il songe, parfois, à voix haute. Mélange d'autosatisfaction et de curiosité intellectuelle.

Mordious, ceci me fait penser à ce qui est arrivé au brave Dragonet en Limousin. Le prophète voyait bien, ce codex est plein de bon sens, ce me semble...

Plus loin : «Si les principes de l’ostracisme appliqué aux supériorités bien reconnues ne sont pas dénués de toute équité politique, il est certainement préférable que la cité [...] puisse se passer de ce remède.»

Que de justice là-dedans. Il s'agira donc d'empêcher ceux qui sont habiles d'accumuler le pouvoir, et de diluer l'influence de ceux qui en ont trop. Mais peut-on encore limiter le cumul des charges ? L'occupation continue, sur plusieurs mandats, d'un même poste ? Les solutions ne se trouveront guère facilement... Peut-être peut-on simplement espérer qu'il ne surviendra plus en Limousin, avant longtemps, d'homme d'une trop grande supériorité.


Il se laisse bercer par le pas de sa mule, referme son livre, songe, réfléchit. Avant d'ouvrir un autre volume, qu'il a échangé dans les fontes de sa mule avec le premier. Un quart de lieue, peut-être, a passé.



* Note :
Les citations sont d'Aristote, dans La Politique


Dernière édition par kartouche le magnifique le Mer 17 Aoû - 16:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Mer 17 Aoû - 16:49

Nouvelle lecture : «Dans tout État, il est trois parties, dont le législateur, s’il est sage, s’occupera à bien régler les intérêts. Ces trois parties une fois bien organisées, l’État tout entier est nécessairement bien organisé lui-même. Le premier de ces trois objets, c’est l’assemblée générale délibérant sur les affaires publiques ; le second, c’est le corps des magistrats, dont il faut régler la nature, les attributions et le mode de nomination ; le troisième, c’est le corps judiciaire.»

Il s'agira donc de distinguer les jugements, de la fabrique des lois et de la gestion. Mais le reste...


Moue perplexe. Il s'interroge, avant de lâcher : Allons plus : ne séparons pas seulement les trois objets évoqués par le prophète, séparons ceux qui les exercent. Et assurons-nous qu'aucun n'ait sur l'autre de prédominance. On commencera par faire désigner les juges par d'autres que le comte et son conseil. Puis, lorsque les temps seront mûrs, on reléguera le comte et son conseil au bon gouvernement de la province et à la gestion des choses particulières, tandis que les gens de mérite feront la Loi.

    ~*~*~*~

Plus tard. Le lendemain, même. Ils ont perdu un de leur compagnons de route, parti sans doute à la cueillette des champignons.

Sur le bord du chemin, quelques arpents en avant du petit groupe, quatre personnes dans une pose des plus compromettantes. Le magnifique Kartouche, expert ès pose de collets, ne s'y trompe pas : trois brigands en embuscade qui tombent sur un pauvre voyageur.

Fourrant précipitamment son codex dans les fontes de selle de sa mule, il talonne cette dernière et dégaine son épée. Un gros machin encore intact ; c'est d'ailleurs la première fois qu'il voyage sans qu'on la lui explose...


Yahaa ! Yahaa !

Au triple galot (...), sa bourrique dépasse la charette. Regard en arrière.

Allons, suivez-moi. Ce pauvre bougre est en bien mauvaise posture. À lui !


Citation :
Aujourd'hui, vous avez été témoin du combat entre un groupe composé de Tartampion et de Grospou et un groupe composé de Mickaella et de Poeric. De toute évidence, la première personne tentait de racketter la seconde.
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kartouche le magnifique
Camelot
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Mer 17 Aoû - 16:49

On dirait que deux vilains prennent la poudre d'escampette. Notre héros arrête séance tenante sa rossinante. Peine perdue. Et puis bon, quel intérêt... et puis si ça se trouve, ils sont toujours en Périgord.

«Hmpf. Rien ne sert de courir, nos deux victimes sont à point déjà.»
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iZaac
Père Castor
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MessageSujet: Re: [JdR] Le carnet de Kartouche   Mer 17 Aoû - 18:12

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[JdR] Le carnet de Kartouche
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